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Lundi 21 mars 2011

Hommage à un bout de science-fiction

Hommage à un bout de science-fiction

« La science-fiction est un moyen formidable de surchauffer le réel. » Pierre Christin

8 mars 2011. JD² et ses partenaires organisent Les rendez-vous du futur et reçoivent pour cette édition Jean-Pierre Dionnet. Jean-Pierre Dionnet est surtout connu pour son activité de scénariste de BD, avec des albums tels que Exterminateur 17, Région étrangère ou Je m’appelle Jean Cyriaque. Dans les années 70, il fonde la revue Métal Hurlant et la maison d’édition Les humanoïdes Associés. Inutile d’aller plus loin pour comprendre que son nom est lié au cyberpunk, à la science fiction française de la fin du 20ème siècle et à celle de ce siècle naissant.

En ce 8 mars 2011, Jean Pierre Dionnet nous disait : « la science-fiction est morte ». Il avançait à cela plusieurs arguments. Un économie difficile qui fait que les écrivains se tournent plus volontiers vers une héroïque fantaisie plus lucrative. La déconnexion entre une science qui avance très vite et des écrivains qui n’arrivent plus ni à la suivre, ni à la projeter. Un monde en relativement mauvais état qui ne donne pas envie d’en inventer l’avenir, si ce n’est pour en raconter la prochaine apocalypse.

Nous serions bien mal placé pour le contre dire, car relativement peu au fait de ce qu’est la science-fiction contemporaine. Pour autant, la science-fiction est un genre auquel nous avons donné un joli nombre d’heures et qui nous a offert plus encore d’heures de rêves et d’émotions fortes. Alors moribonde ou non, nous décidons de lui rendre hommage !

Commençons peut-être par redéfinir la science-fiction. D’une façon classique, on distingue la science-fiction du fantastique par un ancrage du récit dans un univers non réaliste. A comprendre futuriste, parallèle ou autre. Nous n’irons pas discuter cette définition et allons plutôt nous pencher sur René Barjavel.

Couvertures de livres

René Barjavel. Véritable invitation à la lecture, il est l’un des auteurs français incontournables du 20ème siècle. Pourtant, personne n’en parle. Mépris d’un genre qui offre trop de liberté. René Barjavel dynamite l’imaginaire collectif des années 50 et réfléchît l’homme social, ses dépendances, ses découvertes, ses contradictions. Avec Ravage, il imagine une société qui se voit confrontée à la disparition brutale de l’électricité. Plus d’ascenseurs pour monter et descendre des grandes tours d’habitations. Plus de réfrigération de ces sortes de musée Grévin où l’on expose les corps de ses proches défunts. Plus de voitures, de lumières, plus rien. La nuit des temps serait d’avantage un récit fantastique, au vu de ce début dans un café parisien. Mais là n’est pas le nœud de l’histoire et Barjavel nous entraine à l’époque de ce fameux continent unique qui primait à notre géographie actuelle. Un pitch ? Une mission polaire retrouve une capsule prise dans les glaces de l’Antarctique. A l’intérieur, une femme et un homme. On parvient à réveiller la femme, et une drôle de machine permet de communiquer avec elle par la pensée. Surgit alors d’un autre temps une histoire d’amour épique, faite d’aventures et de manipulations sur fond d’apocalypse d’un monde réinventé. Sur le même schéma, à lire absolument Le voyageur imprudent. Histoire d’un soldat qui voyage dans le temps et découvre un futur métaphorique d’une société utilitariste où l’homme est réduit à sa fonction sociale.

Difficile de parler de voyage dans le temps sans évoquer Pierre Christin. Scénariste de BD, il est l’auteur du space opéra culte Valérian et Laureline. L’histoire d’un agent spatiotemporel qui commet l’erreur d’interférer avec le passé lors d’une mission. Conséquence ? Il provoque purement et simplement la disparition de la terre, et devient, avec une jeune femme sauvée au moyen âge, l’un des deux uniques humains de la galaxie. Epiques et inventifs au possible grâce aux dessins de Jean-Claude Mézière, ce sont 21 albums magiques qui nous sont offerts. Pierre Christin, c’est aussi Les Phalanges de l’Ordre noir et Partie de chasse, dessinés par Enki Bilal. Décadence d’un futur fascisé, Bilal y étrenne son style inimitable et parvient à nous faire voir le futur comme un passé. Ce style trouvera son apogée dans La trilogie Nikopol, écrite et dessinée par Bilal seul, véritable monument de la science-fiction moderne. Dans un futur politiquement instable, Horus, dieu égyptien condamné à mort par ses paires, Nikopol, prisonnier cryogénisé libéré malencontreusement, et Jill, journaliste en perte de mémoire et de repères, se rencontrent, s’habitent, se perdent. Poétique et politique, mélancolique et sensible, La trilogie Nikopol est un chef d’œuvre absolue.

Chef d’œuvre, vous avez dit « chef d’œuvre » ? Alors enfonçons des portes ouvertes et évoquons 1984 de George Orwell et Le meilleur des monde d’ Aldous Huxley ; expériences traumatiques et réflexives sur un futur hypothétique un peu trop avéré. Passons du coté de Fahrenheit 451 ou des Chroniques martiennes de Ray Bradburry pour signaler la présence d’un véritable poète révolutionnaire caché derrière une apparente et trompeuse conformité.

La métamorphose de Narcisse

Reste au moins à évoquer 2 monstres sacrés de la science-fiction moderne. Tout d’abord, l’actuel pape du genre, dont la reconnaissance fut tout de même tardive : Philip K. Dick. Autant être claire, nous ne chercherons pas à vous raconter l’un de ses écrits, c’est impossible. Impossible car les histoires chez Philip K. Dick ne savent pas être linéaires. Psychotiques, hallucinés, perdus entre rêves et réalités, ces textes, le plus souvent courts, sont de véritables expériences. L’écriture dynamite le cerveau, l’imaginaire s’emballe, votre lit (si vous lisez au lit, mais ça marche aussi pour le siège du bus) disparaît ; le livre vous plonge où bon vous le laisserez vous plonger, souvent dans vos angoisses, dans un certain malaise. Le rêve tourne au cauchemar, et l’on ne referme pas Ubik indemne. Mais quelle jouissance ! Revivre les expériences faites en compagnie d’Antoine Roquentin et Sartre dans La nausée, de Dali et sa Métamorphose de Narcisse, de Magritte et son Empire des lumières, ou encore de Bosh et son Jardin des délices, voilà le postulat de la littérature de Philip K. Dick. Définitivement sensitive et intrusive, c’est une écriture du surréel qui laisse le plus accroché des lecteurs sur les rotules.

Et finissons avec Isaac Asimov. Difficile avec lui de séparer le véritablement scientifique du purement inventif, tant tout y est référencé et réfléchi. La science et la technologie comme source d’inspiration, voilà le tour de force d’Asimov. D’ailleurs, l’auteur est aussi connu pour ses écrits de vulgarisation scientifique. Le vrai, le faux, le progrès, le fantasme, tout se mêle inextricablement dans une ébouriffante imagination. Les cycles des Robots ou Fondation surfent sur la frontière de la spéculation, du roman et de l’essai, et font de l’auteur le père de la prospective et le chantre de la bioéthique. Les règles qu’il pose sont toujours la base de nos réflexions actuelles dans  ce dernier domaine. Et on ne résiste pas à l’envie de vous les redonner :

Première Loi : « Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger. » ;

Deuxième Loi : « Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi. » ;

Troisième Loi : « Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n'entre pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi. »

Couvertures de livres

Et quand avec Fondation il pose le concept de psychohistoire, c’est véritablement une nouvelle philosophie qu’il met en place. Ainsi, il propose de repenser le monde selon les principes modernes de son époques : la cybernétique, la psychanalyse et le marxisme.

Le roman de science-fiction comme divertissement pour adolescent ? Asimov prouve que c’est un espace de réflexion politique et sociétal. Réfléchir prosaïquement l’avenir, voilà le véritable enjeu de son écriture.  Voilà peut-être le véritablement enjeu de la science-fiction.

Arrêtons là pour le versant (évidemment non exhaustif) littéraire, en espérant qu’il aura donné des envies, ravivé des souvenirs et provoquera des échanges. Nous jetterons un œil prochainement sur la science-fiction au cinéma. Roger Corman, Ed Wood, Andrei Tarkovski… Si eux ne vous disent rien, nous vous les ferons découvrir et partagerons avec vous nos modestes réflexions sur d’autres plus connus !

Pour le plaisir et pour rester dans le ton : 78.2008 de Philippe Katerine :

 

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